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Théâtre Communautaire

Le concept du théâtre communautaire s’inscrit dans une vision qui prend naissance dans les origines du théâtre. En effet, le théâtre est d’abord l’expression d’une communauté en situation de représentation. Il prend naissance dans des manifestations à caractère rituel, sociétal, ludique et profane.  
 
Parler de théâtre communautaire, c’est mettre face à face le concept de théâtre et celui de société. Le théâtre on l’a vu est consubstantiellement liée à la vie des sociétés. Le théâtre est inscrit dans la société, comme la société se reflète en permanence dans le théâtre.  
 
Toutes ces manifestations de la théâtralisation traditionnelle expliquent pourquoi les populations se sentent à l’aise, toutes les fois qu’il est question de jouer, toutes les fois qu’il est question de faire comme si, toutes les fois qu’il est question d’amplifier pour signifier, toutes les fois qu’il est question d’utiliser des formes métaphoriques, ou métonymiques pour communiquer son statut, son état psychologique ou affectif.  
Ce faisant, la même pièce peut toucher un large auditoire dans une même aire géographique, et provoquer un débat social d’une certaine intensité capable au besoin de faire émerger une masse critique de personnes ayant le même point de vue : c’est ce que nous appelons l’émergence d’une opinion publique ou d’une conscience collective : dès lors le changement est possible. Cette puissance du théâtre forum est avérée et incontournable. Il n’est donc pas question d’abandonner l’approche théâtre forum, mais d’ajouter au carquois une nouvelle flèche : le théâtre communautaire.  
De là est né le théâtre communautaire. 
Si le théâtre forum reconnaît au spectateur la capacité d’être acteur à son tour, c’est que dit Boal, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique et transformer l’acteur en acteur de son propre destin, faire en sorte que la communauté s’approprie l’outil théâtre ?  
 
C’est ainsi que nous avons pensé qu’il faut aller plus loin. Du reste l’ATB pas plus là que pour le théâtre forum n’invente pas. Nous nous efforçons d’enraciner une démarche nouvelle dans notre culture, nos réalités socioculturelles. En Afrique anglophone, nous savons que l’approche communautaire est déjà expérimentée en Zambie, au Nigéria, en Tanzanie (approche TUSEME) etc. Mais là encore moins que pour le théâtre forum il n’existe pas de format standard : le recours au théâtre ou jeu de rôle est l’une des constantes les plus significatives.  
 
Il ne faut pas entendre par théâtre communautaire, théâtre communautariste qui signifierait un type de théâtre réservé à des entités communautaires repliées sur elles-mêmes dans le but de préserver une quelconque identité. Nous entendons par communauté le village, les membres d’une association, les habitants d’une localité rurale ou urbaine ou périurbaine, ou d’une structure de toute sorte.  
 
Il s’agit de faire en sorte qu’une communauté, un village ou un groupe spécifique puisse s’organiser pour construire son développement en utilisant le théâtre comme outil de diagnostic.  
Dans le théâtre communautaire ce qui prime c’est le processus et non le produit. Celui qui a joué est prêt à défendre son personnage, à en expliquer les motivations, et éventuellement à mieux entendre les points de vue des autres. Au terme de ce processus, des hommes entre eux, des femmes entre elles, des jeunes gens ou jeunes filles entre eux/elles, des enfants entre eux et chaque groupe devant l’ensemble de la communauté, vont s’exprimer, rire ensemble, s’étonner mutuellement, éprouver des émotions à l’évocation de certains faits ou évènements marquants, se découvrir les uns les autres autrement qu’ils ne l’avaient jamais fait.  
 
Le processus  
 
La démarche théâtre communautaire, contrairement au théâtre forum conventionnel ne vise pas d’abord à obtenir un produit théâtral qui serait comparable au produit théâtral d’une troupe professionnelle ; en d’autres termes, il ne s’agit pas de faire des paysans, des comédiens de théâtre. Il ne s’agit pas de monter une troupe théâtrale au niveau du village. L’objectif est tout autre. Il s’agit en réalité d’engager un processus de dialogue social dans le lequel, le théâtre est le moyen privilégié d’expression des populations.  
 
La méthode de travail repose entre autre sur cette idée que les gens s’expriment d’autant plus volontiers qu’ils se sentent en confiance. Parmi les critères de regroupement, l’homogénéité du groupe par rapport au sexe et à l’âge a été retenue. Ainsi la population sera-t-elle segmentée en fonction de l’affluence constatée d’abord par sexe : les hommes d’un côté, les femmes d’un autre. Ensuite par âge : les enfants (tout sexe confondu) d’un côté, les jeunes (désagrégé par sexe), les adultes (désagrégés par sexe) et éventuellement les personnes âgées (désagrégées par sexe).  
 
Le déroulement du travail au sein de chaque groupe ou sous-groupe se fait selon un emploi de temps convenu par tous les participants du groupe, et selon un timing précis : 
 
• La première phase du travail portera sur le diagnostic théâtralisé  
• La deuxième phase du travail portera sur l’écriture de la fable et la mise en scène du spectacle final.  
• La troisième phase du travail portera sur les filages puis la présentation des meilleures séquences du travail lors de la restitution finale. Un accent particulier est mis sur la documentation rigoureuse des étapes du travail par les acteurs animateurs.  
 
Le déroulement 
 
Il est important que durant le processus les représentants des partenaires au développement puissent de façon régulière suivre l’évolution du travail. Dans la mesure du possible, il est recommandé que quelques commodités soient disponibles tels que des bancs ; souvent dans les villages il est difficile d’avoir assez de bancs,  
 
les gens s’assoient où ils peuvent.  
Les animateurs de chaque groupe en moyenne deux personnes par équipe commencent par des activités de mise en condition sous forme de chants, de jeux, de causerie à bâtons rompus. Les animateurs du groupe annoncent ensuite les enjeux. Ces enjeux consistent à demander aux participants de parler de la vie dans leur village et de parler des problèmes qu’ils rencontrent. Il revient aux animateurs de veiller à ce que la parole ne soit pas monopolisée de fait par ces leaders au risque de s’éloigner de l’objectif du théâtre communautaire.  
 
Ce qui est intéressant c’est de passer rapidement de la verbalisation à la gestuation (la mise en images). Passer de la phase où l’on dit les choses, à la phase où l’on montre. C’est là que l’expression théâtralisée commence à se faire jour. 
 
Il est demandé à ceux qui veulent parler de mettre en scène les faits dont ils font le témoignage. Généralement de manière spontanée des personnes, hommes ou femmes se lèvent et essaient d’improviser une situation ou des scènes qu’ils vivent au quotidien et qui selon eux constituent un problème.  
A partir d’une scène ainsi présentée, on peut engager un débat pour amener le maximum de gens à entrer dans cette scène à la modifier, à en renforcer la gravité, et même de tenter d’en donner des issues de solution. Ainsi, les acteurs animateurs seront attentifs à faire en sorte que le maximum de personnes présentes dans le groupe puisse intervenir et prendre une part active dans la monstration des scènes à problèmes.  
 
Les techniques utilisées par les acteurs animateurs sont les techniques du théâtre statue, du théâtre image, de l’aggravation des conflits, et les techniques de modification des images. Ces différentes approches aident même ceux qui n’osent pas parler à se rendre utile.  
 
La phase de création 
 
A partir des faits racontés par les populations, il s’agit de tisser une intrigue dramatique qui respecte les règles élémentaires de construction théâtrale. Une intrigue qui parte de quelques-unes des situations vécues, mais qui s’en éloigne suffisamment pour rester une histoire imaginaire ; une histoire qui puisse toucher les cœurs et interpeller la raison ; une histoire dans laquelle les personnages sont cohérents et vraisemblables aux yeux du public ; une pièce qui ouvre de manière subtile des perspectives de solutions laissées à l’appréciation du public.  
Dans la mesure où l’on n’a pas affaire à des comédiens, il faut alléger la part textuelle de chacun pour faciliter la mémorisation, et donner sa chance au plus grand nombre d’intervenir dans le spectacle soit au niveau des scènes de confrontation d’individus, soit au niveau des scènes de groupe. L’alternance scène de dialogue/ scène de groupe permet de faire participer le maximum de personnes.  
Cette phase de mise en scène est relativement fastidieuse parce que les animateurs vont se faire plus exigeant pour garantir un produit final acceptable au regard des normes du jeu théâtral : diction, jeu d’acteur, se tourner vers le public, respect du rythme, harmonie d’ensemble, utilisation adéquate des accessoires et éléments de décor, respect des entrées et des sorties.  
 
La phase de restitution 
 
Au terme de la phase de finalisation de la mise en scène des sketches, les animateurs devront veiller à ce que le contenu mette en évidence les préoccupations principales exprimées par les membres du groupe, afin que l’on puisse clairement dégager les questions qui interpellent telle ou telle partie, et les questions pour lesquelles les populations elles-mêmes peuvent prendre des engagements. Les représentants élus au sein de chaque groupe de travail se préparent consciencieusement à lire en fin de spectacle leurs engagements et interpellations. Ces représentants au nombre de deux par groupe (hommes, femmes, jeunes hommes, jeunes filles, enfants) et des représentants des autorités administratives (conseillers, délégué CVD) et éventuellement coutumière (chefs traditionnels) constitueront le Comité de Suivi à qui est dévolue la mission d’assurer le suivi de la mise en œuvre des engagements pris à l’issue de la restitution finale. Le Comité Local de Suivi deviendra par la suite l’interlocuteur de la troupe animatrice et des pouvoirs décentralisés et des ONG partenaires pour le programme de développement local.  
 
Le jour J, c’est le dernier jour du chantier de théâtre communautaire. Tous les participants des différents groupes sont rassemblés, les populations du village concerné et des villages environnants sont invités, les autorités (administratives, coutumières et religieuses) et les représentants des partenaires au développement (ONG, associations) sont tous invités. En moyenne près de 600 à 2000 personnes sont réunis pour vivre ce moment extraordinaire où tour à tour les différents groupes vont se succéder dans l’espace de représentation pour émerveiller et émouvoir le public par leurs prestations. Les animateurs/joker se chargent d’entretenir un rapport interactif avec la scène ; lors de la phase de l’exposé des engagements et interpellations, les structures ou personnes concernées sont invités à se prononcer publiquement pour donner des explications ou pour prendre des engagements, le tout est dument consigné par les animateurs dans le rapport final qui servira de cahier de bord pour le comité de suivi. Les débats sont souvent très vivants, houleux, passionnés.  
 
Au terme de toutes les présentations, les responsables et autorités présentes prennent à tour la parole pour apprécier et donner leurs engagements par rapport aux attentes exprimées. Le Comité Local de Suivi est officiellement présenté à l’ensemble du village. La troupe animatrice rencontre par la suite le Comité de suivi pour convenir d’un planning de suivi et fixer des objectifs à atteindre.  
 
La dernière étape du chantier de théâtre communautaire est la projection vidéo durant la nuit du dernier soir des images du Chantier de théâtre communautaire et en particulier des prestations finales. Cette séance est toujours vécue par la communauté villageoise comme un temps fort, qui les conforte dans la conviction que le travail abattu est un travail sérieux qui sera suivi d’effets concrets.  
 
En définitive, le succès de cette nouvelle approche dépend du sérieux de chacune des parties prenantes. Par sa philosophie le théâtre communautaire va au-delà du théâtre forum sans le supprimer.  
 
Tous ceux qui s’engagent dans le théâtre au service du développement doivent se convaincre du fait qu’il ne s’agit pas de sous théâtre. Les exigences que nous avons vis-à-vis de n’importe quel théâtre s’appliquent au théâtre pour le développement : théâtre communautaire, théâtre forum, débat théâtralisé ou toute autre forme. Dans tous les cas il est vital que la démarche soit adossée à une maîtrise des techniques théâtrales. Il est important que de plus en plus de partenaires au développement découvrent le théâtre communautaire. Pour que le théâtre communautaire aille jusqu’au bout et permette de tirer des résultats positifs, il faut de bons comédiens animateurs spécialement formés. Le théâtre forum comme le théâtre communautaire ne pourrait s’accommoder d’animateurs qui font dans la pitrerie ou le cabotinage ! Nous avons affaire à des populations, adultes, responsables et raisonnables qui n’accepteraient pas d’être traités de façon infantilisante et inconsciente par des personnes sans la moindre formation en andragogie, en communication pour le développement et en théâtre.  
 
(Prosper Kompaoré, Directeur de l'ATB et du FITD) 
 

  
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Modifié en dernier lieu le 18.02.2014
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